Ecrit, adapté et mis en scène par Anna Nozière, le spectacle Oiseau, sera présenté le 24 janvier, au TLA.
Mustafa a perdu son papa, Paméla son chien. Quand Françou, une petite brindille de CP, leur propose de braver les interdits et d’aller « de l’autre côté », l’aventure commence et va chambouler toute l’école ! Ensemble, la joyeuse bande d’enfants tord le cou aux idées préconçues et invente un monde fantastique, où les êtres vivants et les morts se côtoient.
Entretien avec Anna Nozière
Quel a été votre parcours personnel ?
Je suis née il y a 53 ans à Limoges, le royaume de la porcelaine. J’imagine que c’est un signe car je me suis sentie longtemps fragile, et j’avais envie de tout casser. L’école a été souvent buissonnière ; la famille aussi. La musique, le théâtre, les conversations avec les amis étaient les seuls domaines qui m’intéressaient ; je les ai explorés très tôt. Ils se sont souvent croisés et ont donné du sens à ma vie.
Comment est née votre passion pour le théâtre ?
Immédiatement et irrémédiablement le premier jour où je suis montée sur un plateau. J’ai compris que ce serait mon destin, et 40 ans plus tard, pas un jour n’est passé sans que je pense à ce mot : théâtre. Parfois le théâtre me fatigue, comme un trop vieil amant, mais il m’a donné la vie ; j’ai essayé de lui rendre au centuple.
Quels sont vos écrivains et vos auteurs dramatiques préférés ? Et pourquoi ?
Ce sont plutôt des œuvres, des répliques qui me suivent, dans mon sac, dans des carnets, mes déplacements, comme des compagnons de voyages. Je ne suis pas une grande lectrice, mais j’adore regarder comment une œuvre chemine en moi différemment pendant 10 ans, 20 ans, 30 ans… La semaine dernière, j’ai pleuré d’émotion en relisant Le Cid dans un train.
Vous êtes à la fois comédienne et metteuse en scène. Dans quelle discipline vous sentez-vous le plus à l’aise ? Pour quelles raisons ?
J’ai adoré ça, mais je ne joue plus depuis longtemps. J’écris et je mets en scène. Je ne fais pas de grande différence entre ces deux disciplines qui relèvent du même désir de faire sortir des images du néant et de les incarner. Cependant l’écriture est une activité solitaire qui est toujours une joie, la mise en spectacle une aventure collective qui dépend beaucoup de la qualité de l’équipe.
« La mort du papa de mes neveux »
Quelle est la genèse et le pourquoi de votre pièce Oiseau ?
La genèse est la mort du papa de mes neveux, Martin et Joseph, quand il avaient 4 et 7 ans. Leur drame, leur capacité à continuer de jouer, ce que j’ai observé de la difficulté des adultes autour d’eux à affronter le sujet… De manière générale, j’ai l’impression d’être sur cette terre pour regarder les choses en face et j’écris comme un miroir tendu à autrui.
Comment expliquez-vous que le sujet de la mort reste souvent tabou ?
Je parlerais de déni plus que de tabou. Ou même plutôt d’impensé. D’insondable. D’indicible. Placez-vous devant ces gouffres et la terreur forcément arrive !
La pièce Oiseau “tourne”-t-elle beaucoup ? Et où ?
Oiseau tourne beaucoup depuis trois ans en France et bientôt à l’étranger. Il tourne aussi dans la tête de l’équipe administrative, de diffusion, de tournée, et dans ma tête car il nous préoccupe ; il tourne dans les corps des actrices car elles l’éprouvent sans cesse.
Quelles sont les réactions du public et quel est l’accueil de la presse ?
De ce que j’ai entendu des rires et des pleurs dans la salle, je dirais qu’Oiseau a bouleversé les grands et les petits dès sa création. C’est différent pour la presse. Les premiers temps, comme d’ailleurs pour presque tous les spectacles que j’ai écrits, les journalistes ne savent pas trop quoi écrire. Pour Oiseau, aucun article n’est sorti après le voyage de presse ! Ça s’est débloqué quand le spectacle a trouvé son autorité. TTTT dans Télérama peut aussi changer le regard de ceux qui ont besoin de s’appuyer sur des leaders.
Quels sont vos projets ?
Après deux longs cycles de travail, l’un sur l’enfant et sa lignée, l’autre sur la place que nous faisons (ou non) à nos morts, j’ai été prise du désir de travailler sur l’amour. En quatre textes. Le premier sur la rage d’aimer, le deuxième sur la joie d’aimer, le troisième sur la peur d’aimer. Le quatrième et dernier, comme dans les cycles précédents, s’adressera aux enfants. Il porte sur la folie d’aimer. Le premier, en cours de finalisation, s’appelle Radicale de cœur.
Propos recueillis par François Milan

Oiseau / Anna Nozière, Compagnie La Polka
Samedi 24 janvier au Théâtre Louis Aragon
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